‘TAARAFOU’, LE THÉÂTRE POUR LA RÉCONCILIATION Scènes

27/01/2022|Léa Samara

MARCH, une ONG libanaise qui œuvre pour le renforcement de la cohésion sociale au sein de certaines des zones de tensions au Liban a lancé en octobre 2021 la 5e édition de son programme « Théâtre pour la réconciliation ». Face à la polarisation et aux frictions croissantes, l’association a vu la nécessité de rassembler des jeunes de différents milieux et quartiers de Beyrouth et de ses banlieues. A l’occasion de la représentation de la pièce « Taarafou » au théâtre Tournesol à Beyrouth début février, Léa Baroudi a répondu à nos questions. 

En quoi consiste l’initiative « Taarafou » ? 

« Taarafou » est une pièce de théâtre écrite et dirigée par Yehia Jaber, dans le but de désamorcer les tensions et de cultiver un sentiment d’acceptation parmi les participants. Conçu à l’aide d’un processus créatif unique, le scénario a été inspiré par les vies, les histoires et les expériences de 18 jeunes femmes et hommes. Ainsi, la pièce aborde des sujets importants, notamment liés à la recherche d’identité et à la diversité. Le résultat : 60 minutes de confrontations intéressantes, d’humour, de dialogues pertinents, de rencontres amusantes, de tension. En outre, les jeunes abordent un grand nombre de questions controversées dans le Liban d’aujourd’hui, à savoir la peur de l’autre, les préjugés, l’intimidation, l’aliénation et la violence.

Comment se sont déroulées l’élaboration et la mise en place de la pièce ?

La distribution a entrepris des répétitions intensives qui se sont étalées sur une période d’un mois, au cours de laquelle les acteurs ont pu explorer différentes thématiques intimement liées à leur compréhension de leur propre identité individuelle. Essentiellement, l’objectif de « Taarafou » est de répondre à des problématiques identitaires cruciales telles que : “Qui suis-je ?” “Qu’est-ce qui fait ce que je suis ?”, “Que sais-je vraiment de l’autre ? “En quoi sommes-nous différents ?”. Néanmoins, la question la plus importante que la pièce aborde est justement : “En quoi sommes-nous semblables ?”.

Bien que les jeunes sélectionnés n’aient jamais suivi de formation professionnelle d’acteur, ils ont néanmoins été capables – avec le soutien de Yehia Jaber – de s’épanouir en devenant de puissants interprètes, de prendre la scène d’assaut et de transformer collectivement leur douleur et leur chagrin en un merveilleux spectacle. 

Comment cette initiative s’inscrit-elle dans la ligne d’action générale de MARCH ?

La mission de MARCH est centrée sur une approche innovante et multidisciplinaire de la consolidation de la paix et de la résolution des conflits, qui se concentre sur l’engagement des jeunes vulnérables et socio économiquement marginalisés. Le “théâtre pour la réconciliation” est l’un des divers outils de résolution de conflit réussis que MARCH a mis en œuvre au fil des ans. Il a été initialement mis en œuvre à Tripoli en 2015 avec Love and War on the Rooftop, suivi par TripoliyatHabib El Kel au Akkar ainsi que Hona Beirut et Café Bi Kaffak dans la capitale. Cet outil innovant de consolidation de la paix et de réhabilitation offre une plateforme pour l’expression de soi et un dialogue constructif. Grâce à l’espace sûr et inclusif qu’il crée, il permet aux participants de traiter tous les griefs politiques, religieux ou personnels qu’ils peuvent avoir et de mieux comprendre “l’autre” loin des récits divisés et stéréotypés.

L’objectif de cette initiative est donc de réintroduire cet “autre” à travers un prisme plus positif, et ainsi de renforcer la résilience des jeunes hommes et femmes en leur donnant les moyens de devenir des agents du changement.